Le constat
De longue date, le sujet de la qualité de l’environnement sonore gagne a être plus connu. Autrement formulé : le bruit, c’est souvent quand on doit s’y pencher (réclamations, obligations réglementaires, etc) qu’on aborde le sujet.
Peut-être que la complexité du sujet alliée au caractère intrinsèquement non-visible du son est de nature à le rendre peu attractif ou encore pas vraiment vendeur. Peut-être également que nous – j’entends les acteurs de l’environnement sonore, c’est-à-dire toute personne amenée à travailler sur le sujet – avons recourt à un lexique complexe qui n’est pas immédiatement compréhensible par une personne qui n’est pas formée.
Ma proposition
Je vous propose aujourd’hui d’utiliser les locutions « passoire acoustique » et « passoire sonore ». Il me semble que ces expressions sont de nature à ce que certains sujets de l’environnement sonore ou de l’acoustique soient plus facilement abordés.
Une analogie puissante, mais pas encore utilisée
Depuis 2005, les termes « passoire thermique » et « passoire énergétique » sont entrés dans le langage courant – pour désigner un bâtiment mal isolé, qui perd de la chaleur et qui par conséquent coûte cher à chauffer. Il a permis de sensibiliser le grand public, les propriétaires, les bailleurs, les collectivités, et les professionnels du bâtiment à l’importance de l’isolation thermique.
Et si on appliquait la même logique au bruit ?
Pourquoi ne pas parler de « passoire acoustique » ou encore de « passoire sonore » – pour désigner un bâtiment, un lieu ou un équipement qui laisse passer le bruit, et qui coûte cher en conflits, en réclamations, en contentieux et en investissements tardifs ?
Il ne s’agit pas de termes techniques – mais ces termes me semblent être des outils de communication efficaces, évocateurs et faciles à retenir.
Peut-être qu’utiliser ces locutions servirait la cause de l’acoustique ?
Qu’est-ce que pourrait être une « passoire acoustique » ou « passoire sonore » ?
Une passoire acoustique, ou une passoire sonore pourrait être un lieu – qu’il s’agisse d’un immeuble résidentiel, d’une salle des fêtes, d’un bar ambiance, d’une usine, ou d’un équipement public – qui laisse passer le bruit du fait d’un isolement acoustique insuffisant ou de l’absence de prise en compte de ce critère.
Comme une passoire thermique, qui laisse passer la chaleur quand il fait froid à l’extérieur, une passoire acoustique laisse passer le son – et crée des situations de tension, de conflit, ou encore de non-conformité réglementaire.
📌 À retenir : Ce ne sont pas des termes juridiques – mais des termes d’usage courant, destinés à sensibiliser, à éclairer et surtout de compréhension immédiate.
Pourquoi ces termes sont-ils pertinents aujourd’hui ?
1. Le bruit est un enjeu majeur souvent sous-estimé
Est-il encore nécessaire de rappeler que les nuisances sonores touchent des millions de personnes en France – dans les villes, les campagnes, les lieux de travail, les lieux de vie.
Et pourtant, encore trop peu de professionnels (architectes, urbanistes, juristes, élus) en parlent avec la même rigueur que l’isolation thermique.
2. L’analogie avec la passoire thermique est logique et efficace
- Passoire thermique / passoire énergétique = laisse passer la chaleur → mauvaise isolation thermique → coûts énergétiques, inconfort, non-conformité ;
- Passoire acoustique / passoire sonore = laisse passer le bruit → mauvaise isolation acoustique → conflits, réclamations, contentieux, coûts cachés.
✅ C’est la même logique mais appliquée à une autre grandeur physique : le son.
3. Il permet de mettre en lumière un problème invisible
Le bruit comme la chaleur ne se voient pas.
Il me semble que ce caractère d’invisibilité contribue à la mise à l’écart du sujet. On ne le voit pas, on n’y pense pas, on ne le traite pas – jusqu’à ce qu’il devienne un conflit, un contentieux ou encore un problème de santé.
Exemples concrets de « passoires acoustiques » ou « passoires sonores »
1. Une salle des fêtes municipale
Un exemple classique des nuisances sonores est celui d’une salle des fêtes construite dans les années 80 sans prise en compte du critère acoustique. Les soirées festives y sont bruyantes – et les voisins se plaignent. Le maire est coincé : il est à la fois l’autorité administrative compétente – et l’entité morale à l’origine du bruit…
🎯 Résultat : Conflits de voisinage, réclamations, mise en demeure, arrêté préfectoral, travaux coûteux en urgence.
2. Un bar ambiance en centre-ville
Un autre exemple bien connu est celui du bar ambiance installé dans un immeuble ancien, avec des murs en pierre, des plafonds hauts et sans limiteur de pression sonore. Les clients adorent l’ambiance et les voisins détestent le bruit… Le propriétaire ne sait pas par où commencer et les services publics peuvent être très – trop – sollicités.
🎯 Résultat : Réclamations, contrôle de l’EINS, mise en demeure, suspension de diffusion, perte de clientèle.
3. Un immeuble résidentiel mal isolé
Un exemple de moins en mois fréquent mais qui gagne à être cité est celui de l’immeuble récent, construit selon les normes thermiques – mais avec une isolation acoustique qui n’est, elle, pas dans les normes… Les bruits de pas, les conversations, les appareils ménagers traversent les murs. Les copropriétaires se plaignent – les syndics ne sont pas compétents pour agir.
🎯 Résultat : Conflits de voisinage, réclamations, très long contentieux, travaux coûteux en rénovation.
Les conséquences d’une « passoire acoustique » ou « passoire sonore »
1. Conflits humains – souvent tendus, voire houleux
Le bruit, c’est souvent la goutte qui fait déborder le vase – qui fait exploser les tensions accumulées. Et quand il n’est pas traité, il crée des situations de conflit qui peuvent durer des années.
2. Non-conformité réglementaire – avec risques juridiques
Une « passoire acoustique » est souvent en non-conformité vis-à-vis de la réglementation – sans que ses occupants s’en rendent compte.
3. Coûts cachés – souvent bien plus élevés que les travaux d’isolation
Les coûts d’une « passoire acoustique » ne se limitent pas aux travaux d’isolation – ils peuvent inclure :
- les frais de contentieux (avocats, experts, tribunaux),
- les pertes de productivité (dans les lieux de travail),
- les pertes de clientèle (dans les lieux commerciaux),
- les coûts de réputation (pour les collectivités, les entreprises).
💡 À retenir : Il est moins cher d’anticiper que de réparer.
Comment éviter de créer une « passoire acoustique » ?
1. Intégrer l’acoustique dès la phase de projet
Que vous soyez maire, architecte, urbaniste, ou exploitant – vous gagnez à prendre en compte l’acoustique dès le début du projet, pas comme un « plus », mais comme un élément fondamental de la conception (phase pré-opérationnelle, assistance à maîtrise d’ouvrage).
2. Réaliser une étude acoustique
Une étude acoustique n’est pas une formalité – c’est un outil stratégique pour anticiper les risques, les coûts, et les conflits. Par exemple, pour les lieux diffusant des sons amplifiés, l’EINS permet d’estimer si le lieu est en adéquation avec l’activité en question : cette information est fondamentale pour la réussite du projet.
L’étude acoustique doit être réalisée par un prestataire spécialisé sur le sujet.
En conclusion : et si on commençait à parler de « passoire acoustique » et de « passoire sonore » ?
Et si nous commencions à parler de « passoire acoustique » et de « passoire sonore » – pour sensibiliser, pour agir, pour construire des lieux plus sereins, plus durables, plus humains ?
Ce ne sont pas des termes techniques – mais des outils de communication, puissants, évocateurs, et faciles à retenir.
Il me semble que l’intégrer dans notre vocabulaire professionnel est de nature à rendre la thématique plus accessible.
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